Evangelyne se souvenait d'une violente explosion et d'avoir été projeté à terre, sous le corps de s½ur Lizzie.
Et puis, il y avait eu des cris, partout autour d'elle.
Mais elle ne voyait rien, le visage plongé malgré elle dans la poitrine de la prêtresse. Pourquoi Lizzie ne se relevait-elle pas, à présent? Elle l'empêchait de respirer. Et il fallait se cacher! Evangelyne savait que c'était elle, la cible de cet attentat.
Mais, malgré ses efforts pour se dégager, Lizzie ne bougeait pas.
Les cris continuaient, sans qu'elle puisse les distinguer, mêlés à des bruits d'armes qui s'entrechoquaient.
Soudain, Lizzie fut soulevée, et Evangelyne vit le visage d'un jeune frère se pencher sur elle. C'était un ami de Lizzie. Un prêtre d'Elira, chargé de sa protection, comme Lizzie.
Lizzie était encore une jeune fille, assez jolie, et tellement gentille... Elle était toujours auprès d'Evangelyne pour qu'il ne lui arrive rien. En plus, elle jouait avec elle et lui racontait des histoires.
Evangelyne aimait beaucoup Lizzie.
Elle vit du sang sur sa robe. Elle se demanda si elle était blessée, mais elle n'avait mal nul part. Elle voulut se redresser, mais elle était toute étourdie.
Le jeune frère la prit dans ses bras puissant et l'emmena.
Elle vit Lizzie, toujours allongée, dans une drôle de position.
Elle voulut dire au prêtre qu'il fallait s'occuper d'elle, qu'elle avait l'air blessée, mais elle n'arrivait pas à parler.
Il la serrait tellement fort, il allait si vite. Tout allait si vite. Sa tête tournait. Elle ne discernait plus tout ce qui se passait autour d'elle, ni même où elle était. Il n'y avait plus que le souffle rauque du prêtre dans ses oreilles.
Elle ne sait combien de temps exactement dura cette course. Elle s'arrêta lorsque Evangelyne entendit une voix qu'elle connaissait bien: celle de sa mère.
Elle était affolée.
Il y avait aussi son père, qui posait des questions plus calmement, mais dont la voix trahissait malgré tout une grande émotion.
Evangelyne reconnut les appartements princiers de ces parents.
Le prêtre la confia à sa mère sans qu'elle touche le sol, et celle-ci la serra encore plus fort. Elle pleurait.
Elle s'agenouilla pour asseoir sa fille sur ses jambes, ce qui lui permit de voir les gens autour d'eux.
A côté du roi, il y avait le grand-prêtre d'Elira.
Elle repéra également sa petite s½ur, qui semblait perdue parmi tous ces adultes. Personne ne s'occupait d'elle, pourtant, elle avait l'air totalement paniquée. Evangelyne aurait voulu que quelqu'un la rassure. Elle eut conscience de la souffrance de sa s½ur, très clairement, très rapidement.
Cet instant bref de compréhension se rompit lorsque le prêtre supérieur demanda:
“S½ur Élisabeth?”
C'est comme ça que les adultes appelait Lizzie.
Evangelyne vit le visage du jeune homme se baisser, crispé, et ses poings se serrer.
Son regard se brouilla et elle ne put retenir ses larmes.
Elle entendit le prêtre supérieur déclarer:
“ Elle a fait son devoir. Tous les honneurs lui seront rendus.”
Evangelyne se demanda à quoi lui serviraient ces honneurs, maintenant qu'elle était morte.
