Evangelyne 7

Quelques jours plus tard, Ève dut se rendre chez un armurier. Elle allait y chercher des flèches pour l'entraînement des premières années. Elle aimait bien allait dans la partie du village occupé par les nains. Elle s'y attardait souvent pour admirer leur travail de forgeron. Elle avait appris à négocier avec eux, ce qui fait qu'ils la respectaient énormément. Et justement, elle arrivait au milieu d'une transaction.
C'était les deux étrangers.
Ils négociaient des flèches, posés sur le comptoir. La discussion était tellement animée que ni le nain forgeron ni l'homme ne l'avait entendu entrer et s'approcher. Le garçon, lui, ne participait pas. Il se contentait d'écouter d'un air distrait. Dès qu'il vit Ève, son visage s'éclaira d'un sourire et il la salua.
Ève lui rendit son sourire, amusée par son attitude.
“- Ah! Dame Ève!... s'exclama le nain.
- Bonjour Oreste. Je viens chercher les flèches pour...
- Oui, oui, je sais...”
Le nain semblait ennuyé. Ève savait pourquoi. Il espérait bien rouler les étrangers, mais sa présence contrariait ses plans. Elle posa la somme sur le comptoir. Il prit deux carquois rangés à part derrière le comptoir et les donna à la jeune fille.
Le garçon déclara alors:
“- Allons, Henry, on ne va pas y passer la nuit. Donne-lui ces 5 pièces d'argents qu'on en finisse!
- Comment Oreste! Vous leur demandez 5 pièces d'argents pour 12 flèches lourdes! s'exclama Ève, faussement outrée.
- Ben... en fait... c'est que...
- Oh... excusez-moi... j'étais distrait pendant la conversation... Ce n'est peut-être pas ce prix que vous débattiez...
- 3 pièces d'argents, grommela le nain.”
Le dénommé Henry paya et ils sortirent tous les trois de la boutique.
“ Je vous remercie de votre aide, ma dame.”
Ève ne put s'empêcher de sourire, impressionnée. Il avait parfaitement su profiter de sa présence pour mettre fin à la discussion sans se faire arnaquer, mais en plus, il avait su ménager l'amour propre du nain qui n'avait pas eu à se désavouer.
“ Vous n'avez pas à me remercier, lui répondit-elle. En plus, je vous dois des excuses pour l'autre jour. J'étais dans mon tort... Je suis vraiment navrée, j'étais contrariée.”
Il haussa les épaules.
“- Ca arrive...
- Que faîtes-vous au saint mont rouge?
- Je suis venu acheter des armes. Et puis, je voudrais suivre l'entraînement d'un seigneur nain. Je n'ai pour l'instant connu qu'un seul maître... Henry, qui m'accompagne. J'ai besoin de diversifier mon apprentissage.
- Vous venez de Selm?
- Eh bien... oui, avoua-t-il avec un sourire. Mon père ne voulait pas que je vienne. Il avait peur de l'accueil qu'on me ferait sur la terre d'Alaedja. Mais il paraît qu'ici...
- Ici, vous ne risquez rien, l'assura Ève.
- Tant mieux! Tu vois Henry, tu peux repartir dès demain! C'est une prêtresse d'Elira qui se porte garante de ma sécurité! Cela rassurera sans doute mon père.
- Je ne suis pas prêtresse!
- Vous le serez bientôt...
- Je finis à peine ma première année de noviciat...
- Vraiment? A vous voir si mature, je vous aurai cru plus avancée.
- Alors vous partez demain... messire?”
Ève avait hésité à appeler ainsi Henry, mais les présentations n'étant pas clairement faîtes, elle ignorait son rang social exact.
“ - Oui, ma dame, répondit celui-ci. Le père de ce jeune homme me veut à ses côtés.
- J'aimerai bien qu'on évite de parler de mon père,” dit le garçon avec une pointe d'agacement, qui disparut aussitôt dans un sourire lorsqu'il ajouta, “si ma dame le permet...
- Bien sûr. A condition qu'on ne parle pas du mien non plus.”
Plus d'une fois, elle avait été ennuyée devant les questions de ses amis sur ses parents. Elle évitait toujours le sujet.
“ - Cela sous-entend que vous seriez prête à me revoir? demanda-t-il avec un enthousiasme proche du théâtral.
- Eh bien...”
Ève se demandait si ces paroles sous-entendaient vraiment ça. Elle n'eut pas le temps d'arriver à une conclusion.
“ - Laissons faire le destin, déclara-t-il. Je suis sûre que nous nous reverrons.”
Il la salua, Henry fit de même, et ils s'en allèrent.
Ève réalisa qu'elle ignorait toujours son nom.

# Posté le lundi 13 août 2007 04:51

Evangelyne 6

Ève était furieuse. On venait de lui apprendre qu'elle était de garde au foyer sacré ce soir-là, alors qu'elle avait prévu d'aller voler. Cette tache consistait à entretenir le feu, symbole d'Elira, dans le temple. Ce n'était pas un travail particulièrement pénible, surtout qu'elle était aidée par des servantes et que des prêtres venaient souvent priés et lui faisait la conversation un moment. Mais c'était l'été, il faisait très chaud depuis plusieurs jours et c'était sa troisième garde de nuit en trois jours. La novice qui devait faire la garde cette nuit-là était soi-disant malade.
Ève avait donc quitté le temple en marquant bien sa colère et se dirigeait vers le nid où dormait sa monture.
Elle marchait très vite, connaissant bien les rues du village. Toute à son exaspération, elle ne faisait pas attention où elle marchait. Elle avait aussi l'habitude que les gens s'écartent sur son passage. C'est donc de plein fouet qu'elle percuta un jeune homme, si bien que tous deux se retrouvèrent par terre.
“Mais vous pourriez regardé où vous marchez!”s'exclama-t-elle.
Le jeune homme ouvrit des yeux ronds devant cette mauvaise foi évidente. Il était un peu plus âgé qu'elle, visiblement, mais restait petit, n'ayant sans doute pas commencé sa croissance. Il était bien habillé et portait une épée au côté.
Il n'était pas seul. A côté de lui, un homme d'âge mûr, en côte de maille et également armé. Il ne dit rien, mais jeta un regard glacial à la jeune fille, tandis qu'il présentait une main au garçon. Celui-ci se releva en souriant et tendit à son tour sa main à Ève qui n'avait pas bougé.
“ Veuillez m'excuser, ”dit-il en s'inclinant légèrement.
La colère d'Ève retomba aussitôt. Elle savait que c'était sa faute et regrettait déjà ses paroles. Elle ne s'attendait pas à ça.
Une fois debout, le garçon la salua à nouveau, ainsi que l'homme qui l'accompagnait et ils reprirent leur chemin, laissant Ève sidérée. Vu comme ils étaient habillés et leurs manières, ils étaient certainement d'un rang plus élevé qu'une simple novice. Surtout le garçon. L'homme lui obéissait, apparemment. Sans doute un fils d'un seigneur de Selm et son maître d'armes.

# Posté le mercredi 25 juillet 2007 04:37

Evangelyne 5

Puis, l'heure de l'épreuve des aigles arriva.
Une prêtresse elfe leur avait déjà donné des cours sur ses animaux et sur leur mode de vie. Un à un, elle emmena tous les enfants passer 24 heures seuls dans un de leur nid. Les aigles géants mesurent environ trois mètres de hauts, et plusieurs nids peuvent être à proximité, rassemblant une vingtaine d'oiseaux. C'était donc très impressionnant de se rendre dans ses lieux jusqu'alors interdits.
Le matin, à l'aube, la prêtresse elfe l'avait fait monté sur son aigle et elle s'était envolée avec elle. Lorsque les ailes puissantes de l'aigle s'étaient agitaient, Eve s'était agrippée et avait fermé les yeux. Quand elle les ouvrit, elle vit le temple en contrebas le village et le lac de lave. C'était merveilleux. Avec la prêtresse derrière elle qui guidait l'oiseau, elle n'avait absolument pas peur.
L'elfe fit poser sa monture en haut d'un gouffre Eve s'approcha de la falaise et vit les nids, à différents niveaux de la paroi.
La prêtresse récita une prière à voix basse, prit le main d'Eve et l'entraîna avec elle. Eve faillit crier lorsqu'elle bascula dans le vide, mais au lieu de tomber, elle s'aperçut qu'elle flotter dans l'air et descendait tout doucement vers l'un des nids. La prêtresse lui fit un clin d'½il.
Elles furent accueillies dans le nid par des battements d'ailes et des cris aigus que la prêtresse calma par des paroles douces en elfique.
Puis, elle souhaita bonne chance à Eve, lui dit qu'elle reviendrait la chercher le lendemain à la même heure et, après avoir appelé son aigle, qui vola juste en dessous du nid, elle sauta sur son dos, laissant Eve toute seule.
Celle-ci savait qu'elle ne risquait rien. On lui avait appris ce qui pouvait mettre les aigles en colère, et ce qu'il ne fallait pas faire. De plus, elle savait que si cela se passait mal, la prêtresse reviendrait la chercher plus vite. C'est ce qui c'était déjà passé pour certains de ses amis. Mais elle était décidée à réussir l'épreuve et à devenir monteuse.
Elle commença par s'asseoir dans le nid pour que les oiseaux s'habituent à sa présence. Pendant plusieurs heures, elle resta ainsi, sans bouger. Les aigles l'observaient. Ils prirent leur envol et revinrent se poser plusieurs fois. Ils étaient toujours méfiants, et Eve n'était pas très rassuré de les voir s'agiter si près d'elle et si haut au dessus du sol. Elle se rendit compte que rester assise n'était pas suffisant pour qu'elle soit acceptée. C'est à ce moment qu'un aigle déposa dans le nid un oiseau mort qu'il commença à manger. Il revenait de la chasse. Pendant ce temps, un autre oiseau regardait Eve, attentif à ses mouvements. Il attendait quelque chose d'elle, mais quoi ? Elle se leva et s'approcha de lui. Elle avança tout doucement sa main vers son bec. Il ne bougea pas et elle le caressa. Il allongea un peu le cou et laissa s'échapper un cri. Eve eut un instant de recul avant de comprendre qu'il avait apprécié. Elle s'approcha à nouveau et plongea sa petite main dans ses plumes. C'était très doux. Elle se laissa aller, sentant sa peur s'effacer et posa sa tête sur le corps puissant de l'oiseau. Ils s'étaient compris. Elle savait qua d'ici peu, elle apprendrait à le monter.
Lorsque la prêtresse vint rechercher Eve le lendemain, elle était endormie sous l'aile du même oiseau. Elle avait passé l'épreuve avec brio.
Malheureusement la plupart de ses amis n'eurent pas cette chance et quittèrent le temple peu après. Seulement six élèves, dont elle, avaient été acceptés par les aigles, et deux autres seulement étaient natifs du saint mont rouge. Il ne resta donc que huit élèves en première année de noviciat. Eve n'avait pas beaucoup lié d'amitié avec les élèves qui étaient restés et devint solitaire, préférant voler.
Car tout de suite, Eve aima voler. Elle admirait déjà la beauté de la montagne. Elle en devint folle.
Eve aimait la montagne à toutes les saisons. Elle aimait le soleil du printemps qui réveillait la nature et faisait refleurir la montagne. La neige fondait peu à peu, même si elle ne disparaissait jamais des sommets, y compris lors des fortes chaleurs de l'été. La belle saison était le meilleur moment pour voler. Le ciel étant généralement dégagé de tous nuages et elle pouvait contempler toute la montagne. Le vent lui sifflait alors dans les oreilles et la soulageait de la chaleur. Elle se sentait seule, libre et invulnérable. De temps en temps, elle était surprise par un orage. Si elle n'était pas trop éloignée, elle rentrait au temple en toute hâte. Sinon, elle se posait et cherchait un abri dans un des rares villages environnant. L'hospitalité était une coutume dans les montagnes d'Alaedja, surtout par mauvais temps, et de toutes façons, personne n'aurait eu l'idée de la refuser à une prêtresse d'Elira. Elle était toujours bien accueillie.
Lorsque l'automne lui succédait, il illuminait la montagne de couleurs chaudes. Elle avait l'impression d'assister à un brasier durant trois mois. Et Evangelyne admirait par-dessus tout l'élément d'Elira. Puis, le temps se rafraîchissait et elle sortait petit à petit ses épaisses fourrures pour continuer à chevaucher son aigle. Quand elle avait finit de s'emmitoufler complètement, c'est que l'hiver était là et que la neige n'allait pas tarder à tout recouvrir... Et la montagne blanche n'avait rien à envier à la colorée... Après ses sorties, elle revenait au temple, piquée par le froid qui la grisait et l'agaçait en même temps. Elle se débarrassait de ses affaires souvent trempées, et se mettait tout devant une immense cheminée. On lui amenait une boisson chaude, un potage ou un thé, suivant l'heure, et une couverture. Et elle se laissait ainsi réchauffer en contemplant les flammes et en écoutant leurs grésillements, ainsi que toutes les conversations qui ne manquaient jamais d'avoir lieu autour d'elle et auxquelles elle ne voulait en aucun cas se mêler. Elle était trop bien. C'était pour elle toute l'image du foyer... et elle bénissait Elira que le sien se trouve niché sur cette montagne, lui offrant un spectacle continu dont elle ne se rassasiait pas.
Elle apprit à manier le javelot, arme des guerriers des airs.
Elle allait avoir 13 ans, lorsqu'elle rencontra Kern.

# Posté le samedi 07 juillet 2007 03:50

Modifié le mercredi 11 juillet 2007 02:32

Evangelyne 4

Evangelyne se plut tout de suite au temple.
C'était bien plus calme qu'Alaedja. L'ambiance était beaucoup plus détendue. Les habitants n'étaient pas constamment inquiet et sur le qui-vive.
Elle était devenue Ève, une petite fille parmi d'autres. Plus d'étiquette. Et plus personne pour la suivre pas à pas.
Seulement des amis. Des amis de son âge, avec lesquels elle apprit à jouer et à faire des bêtises.
Elle se faisait fâcher et punir comme tout le monde. Mais on n'hésitait pas non plus à la prendre dans ses bras et à l'embrasser, à passer des heures à lui raconter des histoires et jouer avec elle... ce que n'avaient jamais fait ses parents. Ils n'avaient pas le temps. Combien de fois sa mère avait-elle été interrompu dans l'histoire qu'elle lui racontait? Et combien de fois Evangelyne s'était retenue de se jeter au cou de son père, devant ses manières, glacées par le protocole de la cour?
Ici, tout était plus simple.
Bien sûr ses parents lui manquaient malgré tout. Les premières nuits, surtout, elle avait beaucoup pleuré. Mais elle n'était pas la seule à être loin de sa famille, et ensemble, les enfants se consolèrent les uns les autres. La plupart de ces enfants faisaient partis de milieu aisés et venaient spécialement dans ce temple dans l'espoir de faire parti de la garde montée d'Alaedja. Il y avait tellement de rêve dans leur voix lorsqu'il parlait de chevaucher les aigles géants que Ève, qui n'y avait pas même songé jusque là, se mit à espérer faire partis des élus. En effet, les aigles géant sont des animaux intelligents, capables de communiquer par la pensée avec les hommes. Les monteurs doivent donc être accepté par les oiseaux. Mais l'épreuve n'aurait pas lieu avant quatre ans.
Il y avait également quelques enfants du peuple, remarqué pour leurs qualités, et dont le clergé d'Elira payait les études.
Et il y avait bien sûr, les enfants des prêtres du temple.
En première année, il y avait une vingtaine d'élève de 8 ans environ, et autant en deuxième, troisième et quatrième année. A la fin de ce premier cycle, la plupart devenaient novice (certains avaient besoin de plusieurs années supplémentaires) et passaient l'épreuve qui décidait qui serait monteur. C'est pourquoi il n'y avait plus qu'une dizaine d'élève en quatrième année: les enfants n'étant pas originaire du temple poursuivaient leurs études dans des temples plus proche de leur famille. Il ne restait donc que les enfants dont les parents étaient prêtres du temple, et ceux qui seraient monteurs.
Le noviciat est de durée variable. Il n'y a plus vraiment de programme et d'années de formation. Les novices approfondissent leur réflexion et perfectionnent leurs techniques de combats, jusqu'à ce qu'ils arrivent à faire leur premier miracle. Ils sont alors prêtres et envoyés en mission dans des temples.
Mais pour l'instant, Ève n'était qu'au début de sa formation.
Tout le monde ignorait qui elle était réellement, sauf le père supérieur. Il ne l'avait dit à personne pour qu'elle soit traitée comme n'importe quel enfant. Aucune précaution ni attention particulière n'avait été prise. Il pensait que ce serait très formateur pour la future princesse. Et, d'autres part, il considérait le temple comme l'endroit le plus sûr au monde pour une enfant. Les montagnes étaient peuplées de redoutables dangers, mais il avait pris des mesures depuis très longtemps pour garantir la sécurité de ses élèves téméraires qui passeraient outre les consignes de sécurité. En principe, les enfants n'avaient pas le droit de sortir du village sans - au moins - un novice, et beaucoup de lieu leur étaient encore interdit après cette étape.
Au palais, Ève avait reçu des cours particuliers, mais son programme était très différent de celui d'une simple prêtresse, et la progression en ce domaine était beaucoup plus lente. Les princes d'Alaedja n'étaient jamais de grands prêtres. Ils n'étaient pas là pour officier. Cette formation leur permettait juste de gouverner en harmonie avec les préceptes d'Elira.
En suivant l'enseignement du temple, Evangelyne serait formée comme n'importe quelle prêtresse.
Pendant ces quatre premières années, elle eut de nombreuses heures de théologie théoriques et pratiques, mais elle apprit également, en plus de la langue commune aux hommes, celle des elfes et des nains. Elle ne marqua que très peu d'intérêts pour les cours d'histoire, de géographie, de politique et tout ce qui lui rappelait ses futurs devoirs. Elle avait de l'avance dans ces matières en arrivant, mais se laissa distancer par ses camarades, restant une élève moyenne. En voyant ses résultats, elle avait craint que le père supérieur ne la rappelle à l'ordre. Cela n'avait pas été le cas.
Elle se passionnait en revanche pour les études des monstres et animaux, et mit beaucoup d'application dans l'apprentissage du maniement de l'épée courte et de l'arc.
Mais elle appréciait surtout sa liberté, et évitait de penser à l'avenir. Cela lui semblait si loin... Alaedja... ses parents... s'étaient des souvenirs qui s'éloignaient peu à peu, et elle se refusait à les raviver en s'intéressant aux nouvelles qui parvenaient jusqu'au temple. Elle préférait jouer avec ses amis.
Il y avait beaucoup de voyageurs qui venaient de Selm. Il y avait des pèlerins, ou des guerriers venus se faire forger une arme ou suivre un entraînement dispensé par les prêtres de Kô. Les prêtres avaient dit qu'il fallait rendre justice à chacun, et qu'on ne pouvait condamner collectivement un peuple. Sinon, le village leur aurait été fermé. Cela avait été difficile pour Ève au début. Mais le père supérieur forçait la confrontation en invitant souvent les pèlerins au temple. Ève se demanda si son père était au courant et s'il approuvait, mais elle se rendit compte que les Selmiens n'étaient pas des monstres assoiffés de sang et finit par se faire à leur présence.
Parmi les invités du père supérieur, il y avait très souvent une très jolie jeune femme aux cheveux d'argent. Elle n'habitait pas au village, mais venait parfois mangeait deux fois par jour au temple. Ève se demandait où elle habitait. Il n'y avait pas d'autres village à proximité. En tout cas, elle était très gentille et très souriante. Elle semblait très bien connaître tous les prêtres et une grande amitié semblait la lier au père supérieur. Il l'appelait dame Ildigor.
Ainsi, Ève vit s'écouler quatre années dans la joie et l'insouciance.
Puis, l'heure de l'épreuve des aigles arriva.

# Posté le lundi 18 juin 2007 12:31

Evangelyne 3

Après l'attentat qui coûta la vie à s½ur Lizzie, les parents d'Evangelyne décidèrent que la situation ne pouvait plus durer et qu'il fallait trouver une solution pour mettre leur précieuse héritière en sécurité. Il songeait déjà, depuis plusieurs mois et avec l'accord de la prêtresse-reine Nolwenn, à l'envoyer à Kaede. Mais le voyage leur semblait on ne peut plus périlleux.
La princesse vint réveiller sa fille au milieu de la nuit. Elle la serra très fort contre elle et pleura, ce qui affola Evangelyne.
“Maman? Que se passe-t-il? Qu'avez-vous? Je n'ai rien... Pourquoi vous pleurez?”
Mais la mère était trop émue pour répondre à l'enfant, et son étreinte aurait certainement duré encore longtemps si le prince et le père supérieur d'Elira n'étaient pas arrivaient à leur tour.
A leur entrée, la princesse se décida enfin à lâcher sa fille.
“Papa? Mon père? Qu'est-ce que...”
Le prince semblait également très ému. Il s'assit sur le lit de sa fille et la prit sur ses genoux.
“ Ma chère petite... Vous savez à quel point nous sommes inquiets pour vous...”
Evangelyne comprit que ses parents venaient de prendre une grave décision à son sujet. Elle se fit très attentive.
“- Je crains que nous ne puissions vous garder auprès de nous... malgré le déchirement que nous cause cette séparation, à moi et à votre mère...
- Vous voulez... que je m'en aille? Mais je veux pas partir, moi! Je veux pas vous quitter...”
Evangelyne entendit sa mère redoubler de sanglots. Elle, faisait de gros efforts pour retenir ses larmes.
“ Si seulement nous avions une autre solution... Mais il faut que vous compreniez que c'est pour votre sécurité. Et que cette décision est sans appel.”
Le prince avait prononcé cette dernière phrase d'un ton catégorique et sec, contrastant totalement avec la voix tendre et enrouée qu'il avait eut jusqu'alors.
Evangelyne baissa la tête pour que son père ne voie pas les larmes qui débordaient à présent de ses yeux. Elle connaissait la suite du discours.
“ Vous êtes l'héritière. Comme votre mère et moi, vous vous devez à votre peuple...
Evangelyne l'interrompit:
“ Où m'envoyez-vous? Et quand reviendrais-je?”
Il y eut un bref silence.
Le prince avait essayé de masquer son émotion derrière des phrases toutes faîtes, mais le courage de sa fille le déstabilisa à nouveau.
Il ne put conserver son ton froid et distant.
“ - Nous allons vous envoyer au saint mont rouge. Vous y suivrais la formation pour devenir une prêtresse d'Elira. Seule le père supérieure sera au courant de votre véritable identité. Il ne faudra en parler à personne, n'est-ce pas, Éva? Votre vie en dépend!
- Je comprends, papa. C'est un secret.
- Un secret qui vaut votre vie. Ne jouez pas avec. Promettez-le moi.
- Je vous le promets.
- Bien.
- Mais... quand est-ce que je reviendrais?
- Je ne sais pas exactement. Mais... Pas avant de nombreuses années...”
La voix de son père se brisa, mais il se reprit très vite.
“ - Vous allez partir tout à l'heure, dans un convoi d'enfants qui partent au saint mont rouge pour être formés. Personne ne sait qui vous êtes. Vous direz que vous vous appelez Ève et vous vous tutoierais avec les autres enfants... C'est bien compris?
- Oui... Oui.”

*
* *
Pendant que Evangelyne partait dissimulée dans ce convoi, une troupe beaucoup plus officielle était sensée escorter la fille du prince à Kaede. Elle fut attaquée en route et il n'y eut pas un seul survivant.
Evangelyne n'en sut jamais rien et arriva sans encombre au temple.
Le prince fit seulement savoir que sa fille était en lieu sûr et reviendrais quand la situation l'exigerait.

# Posté le lundi 28 mai 2007 03:37